dimanche 29 avril 2012

Apprendre la course au large en solitaire #2 : Le récit de la course !

Voici le récit de la Select 6.50, la première course en solitaire de la saison mini 2012 et la première course en solitaire de ma vie !!
Les conditions annoncées sont musclées pour le Samedi et le Dimanche et très musclées (voire déraisonnables) à partir du Lundi matin. la direction de course a donc sagement choisi de nous faire effectuer un parcours raccourci, afin que tout le monde soit rentré avant le gros coup de vent du Lundi.
De manière originale, cette course commence par un départ. Pour un petit néophyte comme moi, cela signifie surtout plus de 50 bateaux se croisant et recroisant et autant d'occasions de rentrer en collision avec un autre concurrent et anéantir ainsi tout espoir de finir correctement la course. D'autant plus qu'il y a déjà pas mal de vent et que nos bateaux accélèrent très vite (pour des bateaux de course, c'est heureux me direz-vous)
A peine sorti de la baie, je trouve les bons réglages et me met à remonter pas mal de concurrents. La mer forcit beaucoup et ballotte le bateau. Nous sommes partis pour au moins 12 h de près et les conditions musclées sont bien là. Paquet d'eau de mer dans la figure à chaque vague, chocs répétés et une vitesse de rapprochement au but minable... Ca va être long!
Peu après, j'imite certain de mes camarades et réduis encore ma voilure en prenant le troisième ris (diminuant la surface portée de voile) de la grand-voile et en prenant un ris dans le solent (une manœuvre en mode sous-marin, à l'avant du bateau. Ca y est, mes bottes sont pleines d'eau!) A l'usage, avec une mer aussi forte, ça n'est pas une bonne idée. Le bateau n'a pas assez de puissance et se fait coucher par les vagues. Ma vitesse de rapprochement chute encore. Avec ça, j'éprouve les pires difficultés à virer dans cette mer avec si peu de toile et je perds encore du temps.
Une heure après ces mésaventures, le haut de ma grand-voile se met à fasseyer bizarrement (battre dans le vent) Je m'aperçois qu'une des lattes qui rigidifient la GV a joué les filles de l'air et qu'une déchirure apparaît. Heureusement, j'ai un vieux bout de latte dans le bateau. J'affale (dans 30 noeuds de vent, soit 55 km/h, c'est un poil sport), je bricole 15 minutes, et je renvoie! J'ai de moins en moins de concurrents derrière moi. Un copain (le709)a démâté une heure avant et j'ai entendu le message à la radio. Même si je sais qu'il va bien, ça me fout le moral à zéro car il venait de finir de construire son bateau après 4ans d'efforts (heureusement, le bateau sera sauvé, c'est déjà ça)
En gros, le début de course est difficile. mais ça doit forcément être pareil pour les autres, donc je ne lâche pas le morceau. Je choisis de passer au Nord des îles d'Houat et Hoedic et d'emprunter le passage de de la Teignouse pour rejoindre le phare des Birvideaux que nous avons à contourner. Cela doit me permettre de bénéficier d'une mer moins forte, d'une légère rotation du vent en ma faveur (donc de moins de route effectuée) et si je suis assez rapide, du courant favorable à la Teignouse (j'y arriverai finalement trop tard, mais avec un courant contraire encore faible)
Las, peu après la tombée de la nuit, mon GPS décide de quitter le navire... Il n'affiche plus que l'heure. Ma VHF (radio) et mon AIS (système de transpondeur pour éviter les collisions en mer) me donnent bien ma position GPS, mais pas le cap à suivre. Je suis donc parti pour naviguer à l'ancienne, avec ma carte à la main, en comptant le nombre d'éclat des phares et des bouées pour me situer. Pas insurmontable, mais chronophage. Car évaluer les distances la nuit est compliqué, tout comme faire un point toutes les cinq minutes alors que la mer arrose copieusement le pont et que mon pilote décide lui aussi de me lâcher. A chaque fois que j'appuie sur la télécommande du pilote pour lui demander de conserver un angle constant par rapport au vent, celui-ci donne un grand coup de barre et entame un virement de bord!! Bon bon bon, ça commence à faire beaucoup, non?
Je calcule qu'au pire, la course devrait durer 40heures et qu'après tout, dormir dans ces conditions, n'est pas franchement agréable, qu'il vaut mieux profiter de mes vacances en respirant à pleins poumons l'air vivifiant et les embruns bretons. Donc, pas question d'abandonner et je continue. Je passe la Teignouse sans voir les feux d'un seul concurrent, en retard sur mon planning initial (forcément) et j'ai la bonne surprise de retrouver pas mal de feux de navigations entre Belle-Ile et les Birvideaux. Visiblement, la plupart de mes concurrents a choisi de passer entre Belle-Ile et Houat et non dans la baie de Quiberon. mon option n'était donc pas si mal et m'aurait procuré une belle avance sans mes multiples galères. Petite hausse de moral. j'attaque le près vers les Birvideaux le mors aux dents! Yeehaaa.
Je passe les Birvideaux à 7 h 30 du matin, juste devant le 772, un Nacira (un autre modèle de bateau de série) Le bord débridé vers Belle-Ile lui est clairement favorable, mais j'optimise mes réglages, optimise le matossage (déplace tous les poids à bord du bateau (voiles, sacs, bidon d'eau, outillage, etc...) et le tiens en vitesse. Il change de stratégie, lofe (ferme son angle par rapport au vent) et se décale par rapport à moi. Il me prépare un sale coup, c'est sur! Gagné, il envoie son code 5, une voile que je n'ai pas et accélère dramatiquement en repassant devant moi.
Dès la pointe de Goulfar passée, je mets le cap sur l'île D'Yeu et envoie mon spi médium dans 20noeuds de vent bien établis pour ce qui va être un bord d'ANTHOLOGIE! Je rappelle que je n'ai pas de pilote. Autant au près, on peut lâcher la barre assez facilement car le bateau est équilibré, autant sous spi avec de la mer, c'est s'assurer un vrac instantané. Je hisse le spi en mois de 10 s et c'est parti pour plus de cinq heures où je ne vais plus pouvoir lâcher la barre.
Et là, c'est le pied! Le bateau enchaîne les glissades sur les vagues. Chaque vague le soulève, le lance dans la glissage. Puis il ne cesse d'accélérer jusqu'à rattraper la vagu précédente. L'étrave est soulagée par le spi et le bateau lève le nez. Des gerbes d'eau de mer se forment de chaque côté du cockpit avec la vitesse. ET ça recommence sans fin. Absolument grisant.
Le vent ne cesse de monter pour atteindre 30 noeuds établis (55 km/h). Là, je commence à avoir du mal à tenir Zébulon qui est en surpuissance et part au tas (le vent le couche sur l'eau). Assez impressionnant mais pas bien grave. Il suffit de choquer (lâcher les voiles) pour que le vent s'en échappe et qu'il revienne à l'horizontale. Mais comme un bateau n'avance pas bien sur la tranche, je décide d'affaler mon spi médium.
Oui mais… Je n’ai plus de pilote et pour affaler sereinement, il faut avoir le vent venant de l’arrière, presque dans l’axe. Or c’est justement de cette direction que viennent les vagues. Et elles ont une fâcheuse tendance à vouloir faire changer le bateau d’amure. Le risque est l’empannage sauvage où la baume (tube d’aluminium horizontal qui tient la grand voile) viendrait brutalement cogner la bastaque (câble qui tient le mât à l’arrière). Après deux tentatives avortées, j’abandonne l’idée de faire une belle manœuvre.
J’attends que le bateau parte en vrac et profite du fait que les voiles sont parallèles à l’eau puisqu’il est couché pour ramener enfin le spi. Une bataille de 30 minutes quand même, dont je ressors bien épuisé.
Commence alors un bord à la c… Je suis épuisé, j’ai fait de la route en trop, je mets le cap sur la pointe de l’ile d’Yeu. Le vent retombe assez vite aux alentours de 10 nœuds mais je suis tellement épuisé que je ne réalise même pas qu’il faut que je renvoie absolument un spi. Je perds trois heures dans l’opération et voit deux bateaux passer au ras de l’ile d’Yeu et s’échapper loin devant.
C’est mon gros moment de déprime. Je suis vraiment dégoûté, et la perspective du coup de vent, confirmée par la météo que j’entends avec la radio du bord, me fat envisager l’abandon et le retour direct à Pornichet.
J’entame la remontée vers le plateau du Four. Durant celle-ci, mon GPS se remet à fonctionner. C‘est en fait la prise de l’antenne qui s’est dessoudée avec les chocs. Je bricole pour que ça tienne jusqu’à l’arrivée et ça me remonte bien le moral, la visibilité annoncée pour la nuit étant faible.
Puis je me rends compte que mon pilote fonctionne et que les soucis que j’ai eu sont dus uniquement à la télécommande défectueuse. Je rage un peu de ne pas avoir vérifié ça tout de suite, mais au moins, j’ai un pilote pour finir la course.
La remontée se passe relativement bien. Je cours après le bateau de devant que j’aperçois à l’horizon, sans jamais réussir à vraiment le rattraper, mais avec un bon moteur pour ma motivation, qui commence à être bien entamée par la fatigue.
Arrivé au Four, je calcule que ça devrait passer avant le coup de vent et me lance dans la dernière boucle qui caractérise cette fin de parcours.
Le vent qui n’a jamais vraiment faibli au-dessous de 20 nœuds commence à monter progressivement. La fatigue me tombe dessus sur le bord qui va de la bouée de la Recherche à celle de Basse-Capella. Je m’endors involontairement quelques secondes à la barre alors que le vent est monté à 30 nœuds, que la houle du large est rentrée et ballotte fortement le bateau et qu’il pleut des cordes. Comme quoi, on peut s’endormir dans toutes les conditions J
Sauf que c’est un bord où il ne faut surtout pas dormir, pour ne pas se rajouter de route et aussi parce que nous sommes près des cailloux. Pour rester éveiller, je me mets donc à chanter des bouts de chansons à tue-tête. J’entrecoupe ce récital de petites hallucinations diverses (je vois des objets dans l’eau, je m’entends me parler à moi-même et je réponds à voix haute,…) Ce qui est assez amusant là-dedans, c’est que je me rends compte que j’hallucine, mais ça ne stoppe absolument pas les hallucinations. Drôle d’expérience.
Enfin, après la bouée de Basse-Capella, j’entame le dernier bord de a course, dans trente nœuds établis, en ligne droite vers l’arrivée. Le vent se renforce encore et je passe la ligne dans 35 nœuds de vent à 6h 10 du matin.
Auparavant, sur ce bord, j’ai eu le temps de me faire une frayeur en imaginant que la ligne était fermée (il y a toujours un délai limite pour la passer)et que ma course ne serait pas validée. J’arrive donc heureux d’être allé jusqu’au bout mais inquiet, chaque étape de mon programme de cette année étant quasi éliminatoire si je veux courir Les Sables-Les Açores-les Sables en Août.
Le zodiac a toutes les peines à me remorquer jusqu’au port (nous n’avons pas de moteur et une arrivée à la voile dans ces conditions serait dangereuse). Les deux précédents arrivés m’accueillent, me disent que je suis le dernier, mais le 12èmebateau seulement à avoir réussi à franchir la ligne en catégorie série.
Je me dirige vers le PC course, la pluie tombe à l‘horizontale, je chancèle, marche comme si j’avais 50 ans de plus, mais je suis heureux.
Quelques cafés plus tard au PC course, après avoir refait la course avec le directeur de course, son adjoint et mon prédécesseur sur la ligne, je pars m’écrouler à l’hôtel.
En conclusion, j’ai appris plein de trucs, je n’ai jamais lâché, alors même que j’ai eu un nombre de galères assez impressionnant, je n’ai pas perdu espoir un seul moment. J’ai mené le bateau dans ces conditions que je n’avais jamais testé, sans hésiter à le pousser. Je n’ai pas dormi pendant 48 heures, je ne suis pas encore vraiment remis une semaine après.
J’ai fini et je suis même bien classé !
Et surtout, surtout, je me suis éclaté. Ceci peut paraître un peu bizarre de s’éclater en se plaçant dans une telle situation d’inconfort. Ca ne s’explique pas, ça se vit ! La mer est un aimant.
C’est aussi une grosse inquiétude en moins, car si j’avais déjà navigué au large et en équipage réduit, je ne pouvais pas savoir avec certitude que j’allais aimer naviguer en solitaire. Après tant d’investissement, c’eut été une grosse déception, mais il fallait prendre le risque pour savoir.
A partir du 5 Mai, je suis en standby pour ma qualification en solitaire hors course, un parcours de 1000 miles nautique (1850 km) en solitaire à effectuer en Atlantique Ouest. L’occasion de tester mes aptitudes au grand large en solitaire sur une longue période (entre 8 et 10 jours)
Très prochainement le montage vidéo de la Select sera sur le blog.
Arnaud

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1 commentaire:

  1. very interesting and informative story. i've learnt a lot from this story.
    Colin hanks

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